15 diciembre 2008

Verano de 1965, Emilio Valles encuentra a Alcides Ames en Huaraz


From: Emile et Aline Vallés
To: cusco@aventuraquechua.com
Sent: Wednesday, December 03, 2008 5:56 PM
Subject: Verano 1965

Como prometido, mando el relato. Lo hago en francés porque me sale màs corrido y también por no tener las teclas españolas ràpidas. Lo escribo como parte de mis memorias. Claro que lo podràs acortar.

En août 1964, avec mon ami René Garroté, nous avions parcouru le Mexique, découvert le Yucatan, Isla Mujeres et ses villages de pêcheurs, les temples mayas et gravi le Popocatepelt ( 5.452 m ) accompagnés par des alpinistes mexicains.
Si en tant qu' Espagnol le Mexique avait été pour moi la première destination évidente en découvrant les vols charters, le Pérou ne pouvait être que l'étape suivante. Tout dans ce pays nous attirait René et moi, la langue castillane, les Andes aux aiguilles glacées, les sites incas nimbés de mystère, les populations Quecha et Aymara vivant toujours hors du temps.
Aussi, dès la fin 1964 je retourne à Paris voir l'agence qui avait affrété le vol vers Mexico, Assinter, 154 bd St Germain. Et là, je demande au responsable la date des vols pour le Pérou durant l'été 1965. Il me répond :
- Mais il n'y pas de vols pour Lima!
Ah bon!
Il faut réaliser qu'à l'époque les vols charters venaient de commencer. Je les avais découverts grâce à un ami d'Oloron-Ste-Marie étudiant à Paris. Les avions étaient à hélice. La destination phare était New-York. De là on se dirigeait vers Mexico, San Francisco, Montréal, etc.
En face du responsable de l'agence ( installée dans de sombres bureaux, au fond d'un long couloir en R de Ch ) je réagis immédiatement :
- Fournissez-moi un avion pour Lima et je vous le remplis!
L' homme est surpris. J' explique mes relations dans le milieu montagnard, déverse rapidement mes idées sur le pouvoir attractif du Pérou : Andes, punas, Incas, Titicaca, ayllus, Indiens à ponchos, désert côtier, forêt amazonienne, etc. On passe un accord. Je remplis l'avion et j'ai le passage gratuit. Donne mon nom, tél.,adresse ( Oloron? épelez..) Date prévue pour le vol, août 1965.
A la réflexion, il ne risquait rien. Nous étions fin 1964 et le projet était vite enterré s'il n'y avait pas d'inscriptions au printemps.
Bien, de retour chez moi à Oloron-Ste-Marie, à 850 kms au sud, au pied des Pyrénées, j'envoie une lettre au siège social du Club Alpin Français à Paris, leur demandant de faire passer l'annonce suivante :
Pérou - Cordillère Blanche - Du 1° au 31 août 1965 - Vol Paris-Lima A-R - 2.700 francs. Suivent quelques phrases d'incitation alpine et touristique. Le texte paraît début 1965. En mars, l'avion était complet, acomptes versés...Je recevais des appels d'Assinter : - Mais qu'avez-vous fait? Venez à Paris, il faut qu'on s'organise! Ils me payaient donc les voyages à Paris, ce qui m'enchantait. Maintenant, c'est Assinter qui devait se débrouiller pour trouver un avion...
Il a ainsi suffit d'une seule lettre pour remplir cet avion de 150 places environ...
A Oloron, une équipe de copains m'a vite suivie, nous faisions des escalades d'été et d'hiver ensemble : René Garroté évidemment, Bernard Etchégoyhen, Cécile Busquet. Des amis se sont joints à nous, mais uniquement pour faire du tourisme sac-au-dos.
Les autres inscrits étaient des montagnards aguerris, notamment de Paris, de Chamonix. Il y avait aussi des cinéastes, des photographes. Et de simples touristes attirés par ce voyage encore insolite et hors-normes.
Pour nous quatre qui visions la Cordillère Blanche en plus de la découverte, il nous fallait des contacts à Huaraz. Lors d'un voyage à Paris, je vais au siège du CAF et demande s'ils ont des correspondants à Huaraz. - Mais bien sûr. Voilà l'adresse du Club Andinista Cordillera Blanca.
J'envoie une lettre demandant si quelqu'un de ce club pouvait nous accompagner, à titre bénévole, pour effectuer des ascensions et nous aider à nous organiser sur place. La réponse est signée de Alcides Ames qui nous attend donc. Ouf, tout est arrangé!
La veille du départ, passage à l'agence prendre les billets. Et là, panique! Un coup de fil au directeur lui apprend que le vol charter ne correspondant pas aux dérogations légales, il ne pourra décoller le lendemain....En effet, ces vols étaient officiellement réservés à des associations, des clubs. Les compagnies aériennes formelles, Air France, etc, voyaient d'un mauvais oeil se développer cette activité qui leur prenait des passagers. Le vol pour Lima était en péril, dans la tourmente...
Le directeur a, calmement, argumenté, défendu Assinter qui était une association. Mais de circonstance...Au bout d'une bonne heure de palabres, on lui demande : -Qui est le parrain de votre Association. Untel. Académicien je crois. La réponse a dû satisfaire car l'interdiction a été levée. Ouf !!!
Nous partons dans l'exaltation. Pour éviter de payer un surcoût, le poids des bagages étant limité à 20 kgs, nous avons les chaussures de montagne aux pieds, mis les vestes en duvet sur nous, les cordes d'escalade autour de la taille. Il régnait dans tout l'avion une ambiance survoltée. Nous allons au Pérou! dans les Andes! L'appareil était forcément à hélices. Les moteurs à réaction sont apparus plus tard. Nous partions du Bourget. Seul aérodrome à Paris. D'ailleurs, la veille comme nous nous installions dans le hall pour y passer la nuit, sûrs ainsi d'être à l'heure le lendemain en économisant une chambre d'hôtel, un équipage de compagnie scandinave nous a permis de dormir dans leurs chambres, à l'aéroport même, qui allaient rester inoccupées....Voilà quelle était l'ambiance à l' époque dans les vols charters...
Plan de vol avec escales à Reikjavik, Terre-Neuve, New-York, Miami et Lima !! Enfin !
A peine installé sur le siège, une jeune femme blottie contre le hublot me dit: - C'est votre premier vol? - Non. Elle enchaîne :- Je suis terrorisée, car l'an dernier je suis aussi allée à New -York et aprés avoir quitté l'Islande, regardant par le hublot je vois un moteur en feu. J'appelle l'hôtesse qui me recommande la discrétion...Mais les autres passagers s'en sont bien aperçu aussi... L'avion fait demi-tour et perd lentement de l'altitude...Les vagues se rapprochent...Heureusement l'aéroport est en bord de mer. L'avion est arrivé juste à son niveau sur la falaise...On nous a proposé soit un autre avion, soit d'attendre que celui-là soit réparé. J'ai préféré attendre la réparation avec la révision qui va avec. L'autre appareil pouvait aussi avoir des problèmes insoupçonnés...
Tout ça ne nous a pas perturbés, le voyage s'est bien passé. Visité le centre-ville, tout petit, de Reikjavik, avec un bassin où nageaient des canards. Me souviens à Miami d'un hôtel avec piscine( détail encore très américain à cette époque ) et enfin Lima!
Tourisme d'abord avec tout le groupe. En abrégé :
- Cusco, où je sollicite le maire pour qu'il nous trouve une salle de classe désaffectée pour y dormir. Il nous donne la clé d'une de ses maisons coloniales dans le vieux quartier ...Appris plus tard que sa fille étudiait à Paris. Grande maison à galeries, sans meubles, mais nous dormions par terre avec nos duvets de montagne.
- Macchu-Picchu où nous étions presque seuls.
- Arequipa pendant les fêtes.
- Puno, où nous louons un autobus pour aller au marché de Désaguadéro, à la frontière bolivienne. Il n'y avait pas ce jour-là de transport prévu. Nous prenions les Indiens qui faisaient du stop. Et qui payaient leur place, ravis de l'occasion.

Après ce périple, Cécile, Bernard, René et moi prenons un taxi pour Huaraz. Avec René, nous chantions à tue-tête aussi le "soroche" ( mal des montagnes spécifique aux Andes ) nous a abattus en passant le col de la Cordillère Noire.
Arrivée donc à Huaraz peu glorieuse. Prenons un petit hôtel. Le lendemain, tout s' est arrangé et nous découvrons la Cordillère Blanche par dessus les toits. Vite, nous allons chez Alcides Ames que nous avions prévenu depuis Lima. Habitation au fond d' une grande cour. Murs en adobe marron ( surprenants pour nous ) et toit en tuiles rouges. Alcides nous accueille, nous présente sa mère. Il n'était pas encore marié. Nous sommes tous émus de cette rencontre initiée par lettre depuis cette France et ces Pyrénées si lointaines.
Nous échangeons longuement avec Alcides, sur nos expériences respectives d' alpinistes, notre vie d' Européens, 20 ans après la fin de la Guerre Mondiale. Il nous apprend qu'il s'occupe de vérifier le niveau de fonte des glaciers. Travail important car si les lacs glaciaires grandissent trop, ils peuvent déborder et se déverser dans la vallée, emportant les villages. ( Ce qui arrivera quelques années plus tard, lors d'un tremblement de terre, le village de Yungay disparaîtra ) Il s'occupe également d' établir les cartes des sources du Marañon, branche mère de l'Amazone, dans les Andes péruviennes ) Bref, échanges chaleureux et enrichissants de part et d' autre. Nous sommes surpris d'apprendre que les quatre saisons sont une notion imprécise dans cette partie du monde. Ici il n'y a que saison sèche et saison humide. Les journées avec le soleil de 6 h à 18 h pratiquement toute l' année, nous étonnent aussi. La langue castillane parfaitement conservée, à part des mots spécifiques, est aussi une surprise. Le Pérou était si loin à l'époque de la marine à voiles, sans canal de Panama...
Dans la journée, Alcides s'occupe d'organiser notre départ vers la Cordillera Blanca. Le lendemain, nous nous retrouvons dans une hacienda proche de la ville. Il nous présente Huaman qui sera notre porteur. Nous arrimons les charges sur deux chevaux de bât ( sacs marins et sacs de montagne ) et nous partons. Un adolescent de l' hacienda nous accompagne et s'occupe des chevaux. Huaman tient un mouton en bout de corde. Passage de rivières à gué, montées puis arrivée à un refuge, bâtiment sommaire. Il nous faut étancher le toit avec de "l' ichu", cette herbe providentielle des Andes, à longue tige. Les chevaux menés par le jeune redescendent. Et puis nous voyons Alcides et Huaman occupés à tuer le mouton et le dépecer. Cette bête nous avait intrigué. On l'emmenait pourquoi? Et maintenant on comprend ! C'est notre réserve de viande...et elle est montée toute seule! Nous admirons le sens pratique.
Le jour suivant, 22 août, nous escaladons l' Ishinka inférieur ( 5.225 m ) et l' Ishinka supérieur ( 5.530 m ) Course de neige et glace, encordés. Nous découvrons la caractéristique de la neige andine : les "pénitentes". Nous avons grand beau temps.
23 août : quittons le refuge et changeons de vallée. Campons le soir près d' un abri sous roche exigu qui nous sert de salle de réunion.
24 août : gravissons l' Urus Est ( 5.420 m ) avec René. Dénivelé de 1.400 m. Les autres ont amorcé la descente. Nous les rejoignons après une longue marche dans la nuit. Le temps se gâte, il neige, il est temps de rentrer.
Voilà, notre but était atteint. Ces sommets de 5.000 m nous comblaient. Le Huascaran était tout proche, mais nous l'estimions hors de portée avec notre modeste équipement. Retour à Huaraz pleinements satisfaits. Accueil chaleureux dans la famille Ames. Nous campons dans la cour.
Lors d' une pause en montagne, Huaman m'apprend que son épouse venait d' accoucher d'une fillette. Si j'en étais le parrain? J 'accepte évidemment, avec plaisir.
Quelques jours après notre retour, nous voilà à l' église de Huaraz avec Huaman, son épouse, la petite Lucy, oncles et tantes. Après le baptême, montée au village proche et repas de fête : des couis rôtis et de la chicha ( cochons d'inde et bière de maïs ) Encore de beaux souvenirs.
En ce qui concerne Alcides, nous avons remarqué sa rigueur dans l'organisation, ses rendez-vous ponctuels, sa large culture. Bien qu'il ne soit jamais sorti de son pays, à l'époque ( ce qu'il regrettait ) il était au courant de tout ce qui agitait le vaste monde. D'après ce que lui avait dit l'un de ses oncles prêtre, sa famille serait arrivée au 18° siècle d' Espagne. En effet, lors d'un voyage familial vers St Jacques de Compostelle en 1988, nous avons découvert, tout proche, le village appelé Ames. La Gallice étant traditionnellement un pays d'émigration, il n' est pas impossible que ce soit là le berceau de la famille. L' aspect d' Alcides est en plus proche du type celte des "gallegos".
Avant de partir pour Lima puis Paris, Alcides nous achète tout notre matériel. Tente de montagne légère, vestes en duvet, acquises spécialement pour cette expédition. En effet, tout cela n'existait pas sur place. Nous avons donc tout racheté au retour.
Le retour! Tous les amis montagnards ont été friands de nos souvenirs, de nos diapos. Celles-ci prises avec des appareils sans flash ni cellule photo-électrique. Donc ouverture du diafragme au pif. Mais grand succés quand même.
Quant à nous quatre, la question ne se posait pas. Nous repartirions au Pérou l'année suivante en 1966 ! Ce qui fut fait, avec retour à Huaraz, chez Ames. Francisca était là.

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